Beaucoup des théories utilisées dans cette correction sont issues des cours de la masterclass !

 

« En vous plaçant dans une perspective historique (depuis le XIXème siècle), vous répondrez à la question suivante : Peut-on affirmer comme Paul Michael Romer en 1986 que « Les taux de croissance semblent être croissants non seulement en fonction du temps mais aussi en fonction du degré de développement ? »

 

Analyse du sujet :

Le sujet HEC de cette année faisait peur, était originale dans sa forme, mais pas tant que cela dans le fond. En effet, ce que ce sujet interroge, de loin, c’est la corrélation entre croissance et développement, de près : la possibilité d’un état stationnaire, ou encore d’une « stagnation séculaire » pour ceux qui auraient suivi ma MasterClass. Autrement dit, il y avait dans chaque cours de quoi retomber sur ces pattes, même pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de stagnation séculaire (si cela est encore possible). Il fallait simplement éviter quelques pièges :

  • Le piège le plus probable était de confondre le mot croissance d’avec celui de développement. Le sujet n’interroge pas un quelconque cercle vertueux de la croissance mais demande si le degré de développement va de pair avec la croissance. Or, le développement est plus large que la croissance, et lui semble même largement dissocié étant donné que l’on peut parler d’un développement sans croissance !!! Point central du sujet
  • Un piège un peu plus retord, celui de ne pas analyser cela depuis le XIXème !!! SI le sujet le stipule, c’est nécessairement qu’il y a un intérêt. Certes l’actualité de la stagnation séculaire oblige de lui réserver un sort conséquent, mais ne parler que de cela risque le HS.
  • Autre piège, ne pas voir que l’on parle de taux de croissance. Autrement dit, il est IMPERATIF d’aborder l’ensemble des pays, même ceux touours en développement. Les phases successives de développement et étonnamment rapides des pays Asiatiques méritent d’être interrogées : sont-elles reconductibles à n’importe quel pays ? En quoi le vocable de développement correspond-il par exemple parfaitement à la Corée du Sud plus qu’au développement des pays Européens ? (l’accent mis sur l’éducation, le niveau de vie en général semble être la clef : ici, plus le développement est avancé dans le temps, plus la croissance est rapide)

Mais, cela servait principalement à éviter de perdre des points, maintenant, que faire pour en gagner aux yeux des correcteurs ? Convoquer les notions fines était recommandé, bien entendu, mais ne pas faire l’impasse sur les acquis fondamentaux était essentiel. Pour cela

  • Il était, je pense, bien vu d’aborder les différents modèles d’état stationnaires (abordés dans ma MasterClass) de Ricardo/Solow/Malthus/Walras, et voir en quoi la notion d’équilibre, sur le long terme, aboutissait à une croissance nulle, sans toutefois laisser hors de portée pour les pouvoirs publics ou privés un quelconque développement.
  • Mettre en avant le paradoxe qui occupe les économistes actuellement : « Je vois l’âge des ordinateurs partout sauf dans les tables de productivité ». Comment expliquer cela ? Convoquer Schopenhauer et la nouvelle école technologique pouvait être un point de départ permettant de concilier frein de la croissance sur le Court terme mais développement sur le long terme.
  • Enfin, terminer en abordant les contraintes naturelles, énergétiques et de consommation liées à la croissance : (qui n’est qu’un flux mais ne prend pas en compte la destruction des stocks) pour tenter de penser un développement sans croissance comme rupture au pessimisme d’une stagnation séculaire

 

Si en 1987 Solow déjà, annonçant son paradoxe, mettait un coup d’arrêt aux idées d’une croissance potentiellement infinie, il faut replonger plus loin encore dans l’histoire économique pour qu’émergent les premiers doutes d’un tel potentiel. Que ce soit Ricardo, Malthus ou Walras, la croissance a été assez rapidement mise en péril : le danger qui plane serait celui du temps. Plus le temps passe, plus la croissance serait amenée à diminuer, soit par manque d’investissement pour l’un, de nourriture pour l’autre, ou bien d’un équilibre de long terme. Ce qui leur manquait fondamentalement ? La notion de productivité. Les différentes révolutions industrielles, dont la révolution informatique apparaît comme l’ultime, ont emporté dans leur vague de progrès techniques une vague de croissance. Développement au sens de Perroux ou de Sen, et croissance étaient concomitants. Mais voilà que Solow remet le coup de grâce à  cette vision, désormais appuyée par de nombreux économistes (Romer en tête) prônant la stagnation séculaire. L’idée étant que peu importe le progrès technologique, la société est amenée à stagner, à voir sa croissance diminuer et réduite à zéro pour les économies développées, tout de suite, pour les économies en développement, plus tard. Toutefois, l’histoire économique est riche d’enseignements à ce sujet. Si sur le long terme a été pensé une stagnation de la croissance, une forte corrélation entre développement et croissance a aussi été observée. Toutefois, cette analyse du long terme peut être affinée par une analyse de Court terme : les poussées de croissance du XIXème début XXème étaient indéniablement plus lentes que celles de la fin du XXème siècle, en témoignent les 30 glorieuses ou bien le développement des pays Asiatiaques. Comment expliquer cela ? Le rattrapage technologique sans doute, la capacité des NTIC a transformé radicalement et rapidement un paradigme sociétal surtout. Autrement dit, plus les sociétés se développent (dans le sens de développement du progrès technique, changement de mentalité etc…), plus la croissance est rapide, et alors la corrélation de Romer est à inverser : ce n’est plus le développement qui augmenterait avec le temps et la croissance, mais l’inverse. Enfin, dernièrement, il est impératif, pour sortir de cette aporie, non plus de savoir si la croissance est appelée à croître ou non, si nous sommes englués dans un moment passager ou non, mais bien de penser autrement, c’est-à-dire : un développement sans croissance.

I. Une croissance de long terme appelée à cesser, bien que sur le long terme, elle a aussi été corrélée au développement

A. La croissance du XIXème siècle : taux de croissance proches de 2.5% par an corrélée à un développement

  1. Révolutions qui apportent plus de confort de vie : fin de l’industrie lainière etc..
  2. Mouvements syndicaux
  3. Fin de la protoindustrialisation et début du salariat

B. Mais une croissance sur le long terme appelée à cesser

  1. Modèle de Ricardo : du au manque d’investissement
  2. Modèle de  Solow : faiblesse de l’innovation (Graphique possible)

C. Une forte innovation qui fait paradoxalement craindre une faiblesse du développement

  1. Cas actuel reprendre le paradoxe de Solow, paradoxe contredisant son modèle donc : il y a de l’innovation, mais pas de croissance

Transition : Comment comprendre ce phénomène ?

II. Une croissance de Court terme pleine de promesse

A. Un rattrapage permettant d’observer que plus on est avancé dans le temps, plus on profite de la croissance

  1. Le cas des Dragons Chinois, plus les technologies étaient avancées, plus eux ont su se développer
  2. Les différents miracles de fin de siècle

B. Une croissance qui repose sur un déni

  1. Celui des étapes intermédiaires : on se développe autrement

Or, ce développement, totalement différent, laisse la porte ouverte à un nouveau type de développement, sans croissance peut-être ?

III. Dépassement de l’aporie : une croissance sans développement

A. Il s’agit bien entendu de quitter l’aporie actuelle : sans croissance un développement est possible

  1. Miser sur les services notamment qui rapportent peu de croissance puisque mal comptabilisés
  2. Aides à la personne

B. L’espoir du continent Africain : un modèle à réinventer

  1. Plus peuplé au monde d’ici 2050
  2. Tout reste à faire, notamment un modèle soutenable écologiquement

 

Conclusion : vous l’aurez compris, il s’agissait de dire qu’on ne peut nier une corrélation, accentuée à mesure que le temps est avancé, mais qu’en même temps les craintes actuelles de la stagnation séculaire font craindre une impossibilité de croissance. D’où la nécessité d’un nouveau modèle.

J’ai aussi corrigé l’épreuve d’ESH tombée pour l’ESSEC, clique ici  pour le voir !