Je posterai maintenant quelques fiches de lectures, celles ci sont importantes pour plusieurs raisons. Durant les concours (BCE ou Ecricome) le correcteur passera très peu de temps sur votre dissertation. Il est ainsi extrêmement important d’avoir de la “valeur ajoutée”. Ici en plus, on est sur de la sociologie, donc des références “simples” suffisent presque.

Cela passe notamment par votre capacité à faire comprendre (ou croire) au correcteur que vous avez lu des livres. Que vous vous êtes intéressés à la matière en profondeur (même si on sait bien que vous n’avez pas le temps…). La dissertation est un exercice complexe, mais qui possède ses “hacks” (j’en parle beaucoup dans mes formations, notamment la formation + 5 points …). Les fiches de lectures sont un hack parmi tant d’autres. Relever des points précis dans celles-ci vous permettra de replacer des détails originaux en dissertation d’ESH et donc de laisser penser au correcteur que vous vous êtes extrêmement impliqué dans la matière.

Il y a en outre dans cette fiche de nombreux noms d’auteurs assez atypiques. Libre à vous de faire quelques recherches pour compléter vos connaissances et avoir un stock d’auteurs conséquents en sociologie !

« Inutile de dire qu’une civilisation qui laisse insatisfaits un si grand nombre de ses membres et les pousse à la rébellion n’a pas d’espoir de se maintenir durablement, et d’ailleurs ne le mérite pas. »

L’avenir d’une illusion, Sigmund Freud

 Aujourd’hui nos sociétés préfèrent ignorer les maux et les souffrances qui existent, le creusement des inégalités entraîne un appauvrissement des classes moyennes et populaires. Ce phénomène est bien visible en France condamnant ainsi l’idéal de la société celui d’ « une civilisation de classe moyenne ».

Ce livre de Chauvel étudie les mécanismes des évolutions de l’édifice social actuel.

 

Chapitre 1 : Le vertige des inégalités

 

« Laisse moi te parler des très riches : ils sont différents de toi et moi » Francis Scott Fitzgerald s’adressant à Ernest Hemingway

 Un constat s’opère il y a un retour des « inégalités vertigineuses ».

Pour analyser les inégalités, l’indice de Gini a su s’imposer, cet indice remonte au début du XX° siècle. L’idée de Gini est de rapporter l’intensité des inégalités à un indicateur unique compris entre 0 et 1. L’égalité absolue est atteinte lorsque tous les individus d’une population reçoivent le même revenu égal au revenu médian alors le coefficient de Gini vaut 0. Dans une société égalitaire la courbe est une diagonale tel que x=y, « la ligne de l’égalité ».

Schéma de la Courbe de Lorenz (A ressortir en dissertation sans modération…)

Le vertige des classes moyennes trouve sa source principale dans la repatrimonialisation en France (terme peu commun qui peut faire son petit effet en copie d’ESH !). La repatrimonialisation signifie, en particulier au sein des classes moyennes, une distorsion croissante, préalable à un écartèlement, voire une rupture de continuité, entre les classes moyennes dotées d’un substantiel patrimoine net et celles ne possédant pas de patrimoines.

Ce vertige des inégalités est un facteur important de déstabilisation des classes moyennes. Le rapport patrimoine sur revenu (le nombre moyen d’années d’accumulation de revenu nécessaire à la constitution du patrimoine) après avoir chuté au XX° siècle jusque que dans années 80 autour d’une valeur de deux ans se rapproche aujourd’hui de six ans.

La part croissante de la résidence principale dans le budget des ménages en particulier pour les classes moyennes est une tendance longue qui s’est accentuée durant les 20 dernières années. Depuis les années 2000, il y a eu un décrochage entre le niveau de vie et le niveau des prix des maisons et il est bien plus compliqué de devenir propriétaire maintenant. Malgré une accumulation patrimoniale faible des classes moyennes, depuis la décennie 2000 une distorsion s’est créée entre les propriétaires et ceux qui ne le sont pas. Au point de vue patrimonial, il n’existe pas vraiment de classes moyennes, mais une polarisation extrême entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui n’ont rien.

Chauvel donne aujourd’hui l’exemple de la société américaine qui renvoie l’image d’une société où tout est possible socialement tant qu’on le veuille. Cependant cela semble cacher une forte immobilité économique d’une génération à l’autre. Miles Corak appelle cela la « courbe de Gatsby le magnifique ». Globalement la reproduction du père au fils des inégalités de rétribution individuelle est fortement corrélée au coefficient de Gini du pays : à l’inverse des Etats Unis on remarque une forte mobilité dans les pays nordiques.

Courbe de Gatsby le magnifique

Chapitre 2 : Malaise dans la civilisation de classe moyenne

 

En apparence en France les classes moyennes se porteraient mieux que dans d’autres pays, comme en Asie, en Amérique et dans d’autres pays d’Europe. Dès qu’une période de ralentissement économique survient, les conditions de vie des « classes inférieures » régressent (un des risques en Amérique Latine : « El reto de America Latina », une expression qui montre au correcteur que vous n’avez clairement pas mis la socio de côté pour les concours 😉 ).

Les États Unis dans les années 50 étaient l’exemple d’une société de classe moyenne. Mais ce n’est aujourd’hui plus le cas, même avec la reprise économique depuis 2012. En France les classes moyennes sont assez protégées, mais la peur du déclassement subsiste. Pour Dominique Goux et Eric Maurin, auteurs du livre Les nouvelles classes moyennes : « les classes moyennes n’ont jamais été aussi fortes ». Elles apparaissent comme menacées et face à de nouveaux problèmes qui étaient auparavant propres aux classes populaires.

  • Les classes moyennes englobent la classe moyenne supérieure avec les cadres et professions intellectuelles supérieures. Mais aussi la classe moyenne inférieure avec les ouvriers qualifiés et intégrés, la fraction supérieures des employés et des services comptables et la classe moyenne intermédiaire (intégrant les professions intermédiaires : infirmières, techniciens, contremaîtres…) Au moins jusque dans les années 80, la classe moyenne inférieure a connu une promotion sociale collective.

L’idée selon laquelle les classes moyennes ne s’appauvriraient pas est une idée clé de Maurin et Goux, cependant il y eut une perte du pouvoir d’achat du salaire à temps plein de 8% entre 1975 et 1995 et une stagnation depuis. Depuis la fin des 30 glorieuses, qui avaient été marquées par une augmentation des salaires réels de 3/4% par an, le niveau de vie des classes moyennes ne s’améliore plus vraiment. L’explication de leur amélioration de vie est la double activité dans les couples. Il est aujourd’hui difficile de soutenir que les classes moyennes « ne sont pas en situation de déclin par rapport aux autres groupes sociaux ».

La hausse du pouvoir d’achat systématique des classes moyennes est une idée reçue en effet depuis 20 ans les gains de pouvoirs d’achat après transferts et redistribution ont été à peu près nuls. (Donnée de l’INSEE). De 1995 et 2010, la progression du pouvoir d’achat est restée presque nulle dans chaque catégorie sociale de salariés. L’écart de revenu entre cadres et professions intermédiaires a lui augmenté.

Les classes moyennes pour conserver leur pouvoir d’achat ont dû :

  • Soit consommer le patrimoine des générations précédentes

  • Soit s’endetter plus lourdement, en habitant dans des domiciles plus petits et plus à l’écart.

Chaque catégorie sociale est marquée par une différence entre ceux qui reçoivent un héritage, un patrimoine de leurs parents et ceux qui n’en reçoivent pas. En termes immobilier le pouvoir d’achat du salaire a considérablement augmenté entre 1995 et 2012 favorisant ainsi les catégories déjà propriétaires.

Le pouvoir d’achat et la consommation ne sont pas les seuls critères à être pris en compte pour l’étude de l’évolution des classes moyennes, un autre élément important est la sécurité vis-à-vis du lendemain lié au chômage.

 

Chapitre 3 : Désillusions générationnelles

 

On assiste à une « fracture générationnelle » en France liée à l’accumulation de difficultés pour les nouvelles générations d’adultes à s’intégrer sur le marché de l’emploi. Il y a un véritable choc entre les nouvelles générations et celle déjà existantes (Chauvel, Le destin des générations). Selon Karl Mannheim, ce qui fait une génération n’est pas l’uniformité d’un groupe humain de même âge mais le partage d’une scène de vie, de contraintes extérieures et d’un esprit de génération spécifiques que les autres générations sont trop jeunes ou trop âgées pour vivre entièrement les conséquences de la même manière.

Socialisation primaire

Socialisation transitionnelle

Socialisation secondaire

Enfance avec l’école et la famille 1       

Jeunesse, expérience inédite et adaptation        

Vie adulte

Famille 2 et monde professionnel

De nombreux sociologues divisent deux phases de socialisation précises : la période de socialisation primaire et la phase secondaire (Parsons, Berger, Thomas Luckmann).

La socialisation primaire est dédiée aux apprentissages initiaux tels que la transmission de la langue maternelle, le calcul, les savoirs de base et l’éducation. La socialisation secondaire est celle au cours de laquelle l’individu doit s’adapter parce qu’étant déstabilisé par d’autres instances.

Entre ces deux périodes il apparaît une autre période celle de la socialisation transitionnelle qui est l’opérateur central de la théorie générationnelle de l’accès novateur. Cela correspond au point central de la socialisation de l’individu, quittant sa famille et son domicile, l’individu se trouve confronté à des expériences nouvelles, c’est un moment clé dans la vie de l’individu. Cette période est celle où l’individu choisit sa voie, chaque décision le renfermant un peu plus dans une spécialité (ex des choix de filières Post Bac).

Pour évaluer le degré de la fracture générationnelle, Louis Chauvel s’intéresse au niveau de vie, au rendement du diplôme, à la mobilité sociale, aux transformations de la consommation et à la représentation politique.

  1.  Il existe des inégalités fortes entre les différentes générations, certains sont plus chanceuses que les autres comme ceux nés en 1948 « les baby boomers » ont eu un accès rapide au monde de travail. La période fut favorable aux jeunes des années 70, en particulier pour l’acquisition d’un bien immobilier. Toutefois cette génération a également connu des difficultés comme le chômage de masse et est restée locataire. L’État social a joué son rôle de filet protecteur, le niveau de vie des 65 et 74 ans est aujourd’hui globalement élevé, ils ont connu un accès massif à la propriété, un taux de pauvreté bas. La fin des 30 glorieuses a entraîné l’apparition de chômage de masse et un ralentissement durable de l’investissement qui se sont accompagnés d’une redistribution des ressources économiques à l’avantage des générations déjà protégées en 1980.

  2.  Le niveau de vie par cohorte permet aussi de mesurer les inégalités entre générations.

    Certaines grandes lignes se dessinent : les cohortes nées autour de 1948 ont connu un sort favorable comparé à ceux de leurs prédécesseurs et de leurs successeurs. Nous observons en 2005 un gain de l’ordre de 10% en moyenne pour les individus âgés de 25 à 39 ans contre un peu plus de 30% pour les personnes âgées de 50 à 65 ans. Ce gain de 10% ne représente pas grand chose compte tenu de l’explosion des prix de l’immobilier et de la difficulté pour les jeunes trentenaires à devenir propriétaires.

Modèle du Diagramme de Lexis : www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/sped/documents/dt18.pdf

Que s’est il passé depuis 2008 ? Quelles conséquences a eu la crise ?

Afin de répondre à cette question, Louis Chauvel s’appuie sur des données de l’enquête annuelle Statistics on income and living conditions permettant de suivre les différentes transformations entre 2005 et 2010. L’enquête SILC montre une augmentation du revenu des ménages de 5% en dix ans soit un gain de 2 points pour les trentenaires et 13 points pour les sexagénaires. Cette dynamique favorable aux seniors se retrouvent dans différents pays d’Europe comme l’Espagne ou l’Italie. En prenant des données depuis 1978, les transformations du niveau de vie ont particulièrement permis aux seniors une amélioration de leurs conditions de vie.

Chauvel propose alors d’utiliser un autre modèle : âge-période-cohorte-tendance (APCT). Une comparaison étendue à 17 pays montre que le cas français est assez exceptionnel, le partage sans à coup générationnel aurait modifié l’image de la société française, de seniors incarnant une société qui va de l’avant et de jeunes adultes dont le niveau de dépend de plus en plus des redistributions parentales. Cette culture de dépendance familiale est nouvelle en France où le modèle d’autonomie avait prédominé au XX° siècle.

Un autre aspect de la fracture générationnelle affecte le progrès des qualifications et des positions sociales qui en résultent : l’adéquation du diplôme et des professions. Alors qu’en 1970 le baccalauréat était le ticket d’entrée dans les classes moyennes intermédiaires, aujourd’hui ce diplôme ne permet pas d’échapper aux classes populaires qualifiées.

Il faut dorénavant un niveau plus élevé pour faire aussi bien que la génération précédente. Ainsi on comprend mieux cette course aux diplômes propre à la France. Chauvel résume cela dans une phrase explicite : « les diplômes sont de plus en plus nécessaires et de moins en moins suffisants, le titre scolaire est une clé qui n’ouvre plus les mêmes portes que naguère ».

La sélection finale pour les emplois les plus prestigieux ne se faisant pas uniquement sur le prestige de la formation mais également sur des éléments différents comme le capital social que Chauvel résume comme « le laissez place de la société de connaissance à une société de  connivence ». Chauvel explique que la multiplication indéfinie de diplômes est inutile sans que celle ci présuppose une planification à long terme et sans réflexion sur l’employabilité des diplômes.

Un autre aspect préoccupant des difficultés sociales des nouvelles générations relève de la mobilité sociale d’une génération à une autre, il est difficile de se maintenir au niveau socio- économique de ses parents. Il en résulte que suivre la pente descendante est une tendance banale sinon générale.

Le déclassement résidentiel est un autre aspect de ce déclassement, les difficultés de logement sont très présentes actuellement. Malgré des revenus pour les classes moyennes plutôt confortables il est très difficile pour les individus de ces classes (n’ayant pas hérité d’un patrimoine auparavant) de devenir propriétaires. On retrouve ce phénomène en Ile-de-France où il est très difficile compte tenu des prix de l’immobilier de devenir propriétaires. La banlieue est donc un choix logique et intéressant. Cependant les différentes banlieues sont elles aussi hiérarchisées entre certains quartiers des Hauts de Seine (Neuilly sur Seine, Saint Cloud) et d’autres villes dans le 93 comme Bobigny ou La Courneuve.

Le déclassement des nouvelles générations s’est déroulé dans « une indifférence sidérale du politique ». Nous observons un extraordinaire vieillissement : les nouvelles générations sont totalement absentes du jeu politique.

En matière de bien-être, un retour au niveau des années 50 serait terrible pour la population. Or certains pays en ont fait l’expérience comme l’Argentine, ce déclin fut terrible et s’est traduit par une désorganisation de l’État, de l’économie… La peur de ce déclin est un des « facteurs de stress social ».

 

Chapitre 4 : La menace du déclassement global

 

L’objet de ce quatrième chapitre est de souligner une dimension des problèmes de la société française au XXI° siècle qui révèle d’une menace croissante de déclassement systémique dans l’ordre de la mondialisation : le grand déclassement.

Pour analyser cela Chauvel utilise des analyses récentes sur la dynamiques des inégalités mondiales de revenu.

Lakner et Milanovic, économistes à la Banque Mondiale, montrent que les inégalités mondiales ont eu tendance à décroître du point de vue de l’indice de Gini. Depuis 20 ans la médiane mondiale s’est considérablement enrichie avec la montée en puissance des BRICS et particulièrement de la Chine. Cependant les centiles les plus bas eux n’ont pas suivi cet enrichissement global et particulièrement l’Afrique. Les inégalités se creusent vers le bas. Entre les 60’s et 80’s, l’Occident avait une place dominante et observait les autres pays d’en haut, aujourd’hui « il faut s’habituer à regarder certains pays du tiers-monde sur le côté ».

A l’échelle mondiale, les classes moyennes ne sont pas homogènes et se divisent entre les pays développés et non développés, à l’échelle européenne les classes moyennes supérieures sont relativement au même niveau.

Chauvel mobilise ici la reformulation des travaux de Merton sur le sentiment d’injustice et la théorie des groupes par Garry Runciman. Selon lui, les individus ont en vue un groupe de référence pas trop distant, par rapport auquel il est possible d’évaluer sa propre situation relative et de mesurer en conséquence une forme de justice sociale des revenus. Dans la vision de Runciman, le groupe de référence n’est jamais un groupe « inférieur ». Aujourd’hui on ajoute à ce groupe de référence celle d’un groupe de distance. Chauvel utilise également l’analyse de Michèle Lamont.

On peut donner selon Chauvel une vision synthétique du phénomène des classes sociales :

  • la verticale du pouvoir socio-économique : les groupes sociaux concernés doivent se situer sur des lignes hiérarchiques peu ambigües, validées par les structures du système productif ou économique

  • la structuration identitaire de ces groupes (l’identité de classe), qui est elle même constituées de trois modalités :

    • l’identité temporelle ou diachronique

    • l’identité culturelle

    • l’identité collective

Même si les inégalités de revenus sont relativement stables de même que le coefficient de Gini, en prenant en compte le patrimoine et les revenus liés on observe une hausse des inégalités économiques.

La verticale du pouvoir socio-économique se tend, la situation n’est pas encore extrême comme aux Etats Unis mais on peut observer un début de polarisation. L’aspect le plus intéressant est l’étude des inégalités dynamiques.

Ainsi Chauvel s’appuie sur la notion de temps de rattrapage en comparant les données durant les 30 glorieuses et celles d’aujourd’hui.

Cette étude offre une conclusion flagrante :

la croissance économique ne permet plus aux catégories populaires de se projeter de façon réaliste dans un avenir meilleur.

Ces catégories profitent de la baisse globale des prix des produis électroniques cependant ils ne peuvent pas accéder à la consommation de certains services ou biens. Les catégories populaires ne peuvent plus regarder vers le haut mais dorénavant se méfient plutôt des catégories sociales d’en dessous.

D’une manière objective, « la restructuration en classes de la société française est plausible ».

Concernant les classes populaires qu’en reste t’il ?

Dans les années 70, une culture du mouvement populaire avait une place importante. Pour étudier cette force de mobilisation, un indicateur est souvent utilisé c’est celui du nombre des grèves (Edward Shorter et Charles Tilly). On observe une phase croissante sur l’ensemble de la période 1900-1970, puis à partir de là on observe un déclin très fort. Le nombre de journées individuelles non travaillées est aujourd’hui plus faible qu’au début du XX° siècle.

Les explications sont diverses :

  • L’enrichissement généralisé a fait disparaître la question sociale,

  • La peur du chômage tend à faire baisser cette volonté de se mobiliser pour revendiquer des droits sociaux ou des augmentations…

Chapitre 5 : Le déclassement systémique et la spirale insoutenable

 

Les formes de déclassement sont multiples :

  • Par rapport aux diplômes

  • Par rapport aux parents

  • Par rapport au début de la carrière

  • Par rapport au type du voisinage …

Après avoir connu un âge d’or dans les années 60-70 du point de vue de la croissance du pouvoir d’achat et des salaires le retour à la stagnation et le risque du déclin est aujourd’hui d’actualité. Cette situation de peur du déclassement n’est pas propre aux classes moyennes mais également aux classes populaires.

Le déclassement caractérise ceux qui après la conquête d’un statut donné parcourent à rebours l’échelle du prestige social.

Une deuxième forme de déclassement est le déclassement qui correspond à un parcours déclinant de la génération des parents à celles des enfants, à un âge donné.

Une troisième forme de déclassement est celle du déclassement scolaire, qui là encore est le signe d’un défaut de croissance dans une société donnée. Les déclassements éducatifs sont liés à un excès des diplômes face à une trop faible absorption du secteur économique correspondant.

Enfin le déclassement résidentiel ou géographique signifie quant à lui le déclin d’une personne le long de l’échelle de prestige socio-économique. On retrouve cette idée de déclassement en Île-de-France, on observe un déclassement progressif vers des cantons moins prestigieux.

Le cumul de ces quatre formes de déclassements a été étudié par Louis Chauvel dans Le destin des générations. On notera d’ailleurs que cette définition du déclassement en quatre temps est relativement atypique, et permet de marquer des points auprès du correcteur qui lis votre dissertation.

La notion de déclassement systémique met en jeu la notion de la soutenabilité sociale (recherche d’une dynamique à long terme). Hans Jonas expliquait que les actions d’une génération pourraient permettre des changements positifs. Au contraire en agissant de manière égoïste cette génération pourrait laisser un monde totalement détruit, oppressé politiquement. Cette idée de soutenabilité et de responsabilité quant aux générations à venir est un thème souvent abordé par les écologistes.

Cette notion écologique peut être étendue à l’environnement social, sur les conditions d’un maintien d’un pays assurant une éducation aux enfants, un système de santé, un modèle d’égalité. Ainsi Hans Jonas proposait un « principe de responsabilité » pour éviter un désastre et préserver le monde actuel pour les générations futures.

Chauvel termine cette sous partie en évoquant le Club de Rome et le Rapport Meadows entre autre (finalement, c’est facile de faire le lien entre écologie et sociologie en copie d’ESH !).

L’essor du Club de Rome est selon Joseph Tainter, « le succès d’une civilisation prédatrice fondée sur le pillage et la mise en exploitation systématique des voisins et l’absorption des territoires conquis ». Le modèle développé depuis des décennies était parfaitement illusoire et contenait le germe de son propre effondrement.

En fait nous vivons dans une société où nous attendons qu’un miracle se produise permettant de résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés, une forme de déni de la réalité est présente en chacun de nous. Comme l’explique Chauvel, c’est un cercle vicieux, une spirale négative est présente en France et il faut rompre cette spirale et rétablir une nouvelle tendance.

« Dans cette situation générale de dépression sociale et autre, la seule solution se trouve dans un changement complet d’orientation : cette dépression est le fait d’un complet manque d’enthousiasme, d’implication dans la création de ressources nouvelles, de motivation même à penser les transformation urgentes de notre système. »

 Conclusion : La société des illusions

Les différents chapitres du livre ont permis de montrer les différentes composantes d’une spirale de déclassement qui a suscité un phénomène systémique.

Le déni des réalités fait partie intégrante de cette spirale de déclassement existante. Le fondement de notre crise sociale, de notre déclassement et de nos désillusions est représenté dans une modification du modèle de Principe de Raison Insuffisante (PRI) (« Jamais rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou du moins une raison déterminante, c’est-à-dire qui puisse servir à rendre raison a priori pourquoi cela est existant plutôt que non existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que de toute autre façon ») de Robert Musil, le modèle de Principe de Raison illusoire.

Louis Chauvel termine son livre en rappelant que comme le montrent les différents échanges que nous pouvons avoir avec des personnes, les réalités sociales sont bien différentes.

De ces différentes conceptions seules quelques unes sont parvenues au stade de fait social.

Ainsi Chauvel montre par là que plutôt de travailler sur la construction sociale de la réalité c’est bien à la réalité des constructions sociales qu’il faut s’intéresser.

Biographie :

Louis Chauvel est un sociologue français, professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris, spécialisé dans l’analyse des structures sociales et du changement par génération.

Il développe une lecture comparée des formes de stratification sociale et les changements de l’État-providence dans le cadre de ses recherches à l’Observatoire français des conjonctures économiques et à l’Observatoire sociologique du Changement. Louis Chauvel a publié une cinquantaine d’articles scientifiques qui développent les arguments de son travail de thèse et son ouvrage Le Destin des générations.

Pourquoi c’est important pour vos dissertations d’ESH?

Je vous donne ici plusieurs pistes et “arguments” déjà faits que vous pouvez utiliser dans vos dissertations. L’objectif étant pour vous de trouver vos propres arguments dans cette fiche de lecture.

La spirale du déclassement propose une richesse de données et une réflexion générale intéressante malgré la difficulté de compréhension de certains passages. Le thème du déclassement des classes moyennes et l’étude de l’évolution des catégories sociales en mesurant les inégalités sont des thèmes intéressants et pleinement d’actualité. A ne clairement pas négliger pour les concours donc, la sociologie n’est jamais à mettre de côté en ESH.

Certains modèles sont assez compliqués à comprendre, comme les modèles APCT, APCD et le diagramme de Lexis. Je vous invite à voir ma vidéo sur les modèles pour voir comment vous pourriez les appréhender.

Certains passages sont assez sombres et peu optimistes, par exemple ce passage où Louis Chauvel expose les difficultés croissantes d’accès à la propriété pour l’ensemble des individus. Cependant ceci est un véritable constat dans notre société, les individus des catégories intermédiaires doivent dorénavant s’éloigner des villes ou choisir un logement plus petit pour continuer à garder leur niveau de pouvoir d’achat. Une idée pessimiste donc, mais qui peut faire son effet en accroche ou en conclusion !

Le cœur du livre est la dérive des classes moyennes, Chauvel montre que derrière ce mur d’illusion (augmentation du revenu, du pouvoir d’achat…) l’écart depuis les années 70 n’a cessé de se réduire entre les classes moyennes et les classes populaires. C’est un fait important, qu’il est nécessaire de rappeler dans un sujet sur les classes moyennes.

Les difficultés économiques des classes moyennes qu’exposent Chauvel sont totalement d’actualité. Cette catégorie sociale a des difficultés à devenir propriétaire et son niveau de vie a tendance à stagner depuis quelques années. L’auteur rend compte d’un problème clé de notre société actuelle qui pousse de nombreuses personnes dans des situations économiques difficiles à en vouloir au système capitaliste. En exprimant leur dégoût de la classe politique en se rapprochant des discours populistes.

Une partie de la population principalement les classes moyennes et populaires se sentent exclues du processus de mondialisation et d’intensification des échanges poussant une grande partie de la population à désigner un nouvel ennemi : la mondialisation. On peut donc ce servir de ces arguments dans une dissertation sur la mondialisation sans problème, voici comment, par exemple :

  • En novembre 2016, Manuel Valls s’était prononcé et avait présenté plusieurs pistes pour que la France profite de la mondialisation plutôt que de «la subir» ou d’envisager «d’en sortir» afin de permettre à ces catégories populaires et la plupart de la population de profiter des fruits de la mondialisation. Dans une tribune publiée dans Les Échos, l’ancien premier ministre prend un soin particulier à répondre au «sentiment d’insécurité» et «d’injustice» ressenti par les citoyens. Il en veut pour preuve le Brexit et l’élection de Donald Trump. «Nous devons reprendre notre destin en main, nous servir de la mondialisation, pas la subir ni en sortir!», écrit-il. « Pour beaucoup, et en particulier parmi les classes moyennes et populaires, la mondialisation est synonyme d’insécurité».  L’enjeu de la mondialisation et du partage des fruits de la croissance est un enjeu majeur pour faire face au déclassement des classes moyennes et populaires, aspect que l’on retrouve tout au long du livre La spirale du déclassement : Essai sur la société des illusions de Louis Chauvel.

A vous maintenant d’utiliser cette fiche et les suivantes au mieux pour avoir des arguments atypiques et vendeurs en dissertation d’ESH et pour cartonner au concours ! 😉