Ce sujet était exactement la formulation du cours sur la mondialisation dans la masterclass !

La mondialisation est-elle irréversible ?

 

Analyse du sujet :

 

Alors qu’entre le début et la fin du XIXème siècle les flux commerciaux ont été multipliés par 20, la signature, du traité Cobden-Chevalier favorisant le libre-échange a signé par le même temps, en réaction au caractère secret de la signature et aux craintes d’un processus sauvage fragilisant l’économie nationale, la fin de ce processus de mondialisation. Ce coup d’arrêt à un processus naissant n’a pas été sans prix : déflation, isolationnisme, chômage… Aux mêmes causes, les mêmes conséquences. Plus d’un siècle plus tard, les discussions secrètes autour du TAFTA ou du traité entre le Canada et l’UE font toujours craindre l’affaissement de normes sociales et sanitaires, ainsi que la fragilisation d’un tissu industriel européen déjà affaibli.

En réaction à la tenue de ces pourparlers dont la teneur est inconnue, les mouvements altermondialistes réclament un coup d’arrêt à une mondialisation que les uns, jugeant malheureuse mais irréversible continuent de plébisciter, et que les autres, jugeant bénéfique pour la croissance et l’intérêt de quelques-uns continuent d’encourager. L’arrêt de la mondialisation semble impossible tant les interdépendances économiques se sont créés au niveau productif ou commercial sans envisager un retour aux vagues protectionnistes néfastes du XIXème-XXème siècle : guerre, déflation, chômage.

Pourtant, de l’autre côté, la poursuite d’une mondialisation sauvage ne semble pas tenable : la crainte pour le climat grandement affecté par l’augmentation des échanges internationaux, l’affaissement des normes sanitaires de production avec l’arrivée de bœufs aux hormones Américain sur le marché Européen ainsi que la crainte d’une délocalisation massive dans la recherche d’une main d’œuvre étrangère docile et bon marché ne semblent pouvoir continuer raisonnablement. Entre ces deux extrêmes, une solution viable doit pouvoir être trouvée. Mais, comme dans tout jeu à plusieurs acteurs, cette solution optimale ne peut être trouvée sans une coopération entre pays dont l’impossibilité actuelle aboutit à un équilibre sous-optimal.

Comment concilier développement économique et soutenabilité de ce développement dans un cadre mondialisé tout en profitant des avantages certains et déjà acquis de la mondialisation : baisse des prix pour le consommateur, diversification des produits, pacification des relations ; sans penser en même temps toutes les craintes qu’inspire le processus de démondialisation ? Ces enjeux sont au cœur de l’interrogation de l’irréversibilité ou non de la mondialisation. Une démondialisation est-elle encore possible ou bien sommes-nous allés trop loin dans la mondialisation ? Et, si elle est impossible, pouvons-nous penser une mondialisation alternative, plus raisonnable, prenant en considération les enjeux climatiques et sociaux propres à la mondialisation ?

Le sujet de l’ESSEC cette année, que j’ai traité dans la MasterClass, nécessitait un raisonnement large et personnel. Il fallait avant tout éviter les pièges évidents du sujet : la mondialisation était au singulier. Il fallait aussi ne pas se laisser duper par la possible facilité d’un thème ultra classique. C’était un sujet très vaste  qui nécessitait des connaissances nombreuses, précises et originales pour faire la différence. L’histoire du XIXème siècle est très instructive puisqu’on retrouve ces mouvements de chassé-croisé entre mondialisation et démondialisation, tout comme le début du XXème siècle. L’analyse stricte des conséquences et motivations aux processus de démondialisation est à mettre en perspective avec les enjeux actuels. Peut-on reconduire ce qui a déjà été fait ? En outre, le regain des débats sur la démondialisation est à analyser : – Trump – Brexit Que veulent-ils ? Pour quoi ont-ils milité ? La mondialisation semble être l’affaire d’entreprise, la démondialisation semble être l’affaire des états. Qui peut gagner actuellement dans ce duel de puissances ? En outre, un enjeu actuel est apparu, inexistant avant : celui de la globalisation financière, dont le caractère intrinsèquement instable a grandement perturbé la mondialisation économique. Cette nouvelle facette, inédite au regard des expériences passées est bien entendu à prendre en compte dans la possibilité d’une réversibilité de la mondialisation.

 

La mondialisation est-elle irréversible ?

 

Partie I : La mondialisation est une tendance longue qui semble aujourd’hui irréversible

A Une tendance longue

a) L’héritage libéral

  • COLBERT
  • François QUESNAY (Tableau économique)
  • MIRABEAU
  • TURGOT
  • NECKER
  • Adam SMITH dans le livre IV chapitre II de la Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations 1776
  • David RICARDO (Livre VIII des Principes de l’économie politique et de l’impôt 1817)

b) L’organisation du libre échange

  • William PITT
  • Robert PEEL
  • Lord LIVERPOOL
  • Suzanne BERGER
  • HECKSHER (1919), OHLIN (1933) et SAMUELSON (1940’s)

 

B Le retour au protectionnisme serait synonyme de régression

a) Le libre échange contribue à la croissance (SACHS & WARNER, 1995)

  • Jeffrey SACHS & Andrew WARNER (1995)
  • Daniel COHEN (Trois leçons sur la société post-industrielle, 2006)

b) La mondialisation est une source d’utilité pour les consommateurs

  • DIPP
  • économie d’échelle, gains de productivité
  • CHAMBERLAIN (Theory of Monopolistic Competition, 1933)
  • LANCASTER

c) Le protectionnisme ne bénéficie qu’à une poignée d’industriels

  • Jean-Marc DANIEL (L’État de connivence, 2013)
  • Théorie du Public Choice (TULLOCK & BUCHANAN, The Calculus of Consent, 1962)
  • GROSSMAN & HELPMAN (Is Protectionism for sale, 1994)

d) Une mondialisation immatérielle et numérique difficile à stopper

  • COHEN & VERDIER
  • GAFA: Google, Apple, Facebook, Amazon

e) Le protectionnisme aggrave et accompagne les crises

  • Lois MÉLINE (1892), Dingley Act (1897)
  • BAIROCH (Mythes et paradoxes de l’histoire économique, 1994)
  • Tarif HAWLEY-SMOOT (1930), IMPORT DUTIES ACT (1932)
  • CORDEN “protectionnisme monétaire”
  • Dévaluation
  • Accord d’Ottawa (1932) et “Commonwealth
  • Allemagne et “Mitteleuropa
  • EICHENGREEN & IRWIN (The Slide To Protectionism During The Great Depression, Who Succumbed And Why, 2009)

 

Partie II : L’histoire nous montre pourtant que la mondialisation est réversible et que les pays qui en ont le plus bénéficiés semble avoir eu recours au protectionnisme

A ) Une mondialisation qui ne bénéficie pas à tous

a) constat: il y a eu plusieurs mondialisation, donc elle est réversible

  • Suzanne BERGER (Notre première mondialisation, essai d’un échec oublié, 2003)

b) la mondialisation cause de chômage?

  • Daniel COHEN
  • délocalisation
  • Rapport OCDE (2006, 2009)
  • ALENA (1992) Ross PEROT “grand bruit de succion”
  • Propension marginale à importer
  • relance CHIRAC (1974)
  • GRIPPS & GODLEY (1979)
  • KEYNES, Proposition en vue de l’établissement d’un nouveau tarif douanier (1931)
  • Rôle d’employeur en dernier ressort (RIFKIN, La fin du travail, 1997)

c) la mondialisation cause d’inégalités?

  • Jean-Paul FITOUSSI
  • “hommes qui valent si peu” (BRAUDEL)
  • Robert REICH (The Work of Nations, 1991) “manipulateurs de symboles” vs. “travailleurs routiniers”
  • Dualisme du marché du travail
  • Prime à la qualification
  • FREEMAN (Are Your Wage Set in Beijing, 1995)
  • FRANCK (Richistan : A Journey through the American Wealth Boom, 2007)
  • Coefficient de GINI
  • Jacques SAPIR (La démondialisation, 2011)

 

B) L’efficacité du protectionnisme

a) Une vision dynamique de la spécialisation (RYBCZYNSKI)

  • Théorème de RYBCZYNSKI (1955)

b) le protectionnisme éducateur (LIST)

  • Friedrich LIST (Système national d’économie politique, 1841)
  • KRUPP et THYSSEN
  • BAYER, BASF, HÖCHST
  • EDISON, FORD (attention : ce n’est pas du protectionnisme éducateur, juste une illustration sur la montée en puissance technologique américaine )
  • Alfred MARSHALL (1903) (mémoire remis à la chambre des Communes en 1903)
  • RYBCZYNSKI (1955)
  • SHENG & GENG (Experimental China, 2015) : ALIBABA, TENCENT, BAIDU, XIAOMI
  • GERSCHENKRON (Economic Backwardness in Historical Perspective, 1962)
  • Ère MEIJI
  • BISMARCK en Allemagne
  • Sergei WITTE

c) les miracles asiatiques

  • AKAMATSU modèle du “vol d’oies sauvages”
  • MITI
  • Keiretsu
  • Dragons
  • KRUGMAN “par transpiration plus que par inspiration”
  • DENG XIAOPING
  • Zones Économiques Spéciales (ZES) : Shenzhen
  • Protectionnisme pour industrie vieillissante → KALDOR (Conflict in national Economic Objective, 1971)
  • Laurent ALEXANDRE (Google Démocratie, 2011)

d) les politiques commerciales stratégiques (BRANDER & SPENCER)

  • BRANDER & SPENCER (International R&D Rivalry, 1983)
  • Bernard CARAYON (Patriotisme économique, de la guerre à la paix économique, 2005)
  • Matthieu PIGASSE (L’Éloge de l’anormalité, 2014)

 

Partie III : Il convient de réinventer aussi bien la mondialisation que les politiques commerciales.

A ) La pertinence des unions économiques régionales

a) Limiter le fanatisme du marché

  • ASSELAIN dans l’épilogue de Mythes et paradoxes de l’histoire économique (1994) de Paul BAIROCH
  • Jacques SAPIR (La fin de l’eurolibéralisme)

b) La bonne échelle pour une stratégies commerciales efficaces (BELL, TODD)

  • DANI RODRICK Nations et mondialisation (2009)
  • Emmanuel TODD
  • Daniel BELL
  • The Economist (2015)

 

B) Réinventer la gouvernance internationale

a) Crise de la gouvernance internationale

  • TRAN VAN THIN

b) Théorie de la stabilité hégémonique (KINDLEBERGER)

  • KINDLEBERGER
  • KEOHANE (After Hegemony, 1984)
  • MADDISON
  • Hubert VEDRINE
  • Emmanuel TODD
  • VIRGILLE
  • SHASHI THAROOR (Taking the BRICS seriously, 2015)

c) Vers une nouvelle gouvernance: écologie, justice sociale et transparence

  • STIGLITZ La Grande Désillusion (2002)
  • Maurice ALLAIS
  • BOURGUIGNON La mondialisation de l’inégalité (2012)
  • VAROUFAKIS

 

Conclusion

Daniel COHEN dans une interview des Echos en décembre 2012 “une controverse comme celle là ne sera jamais tranchée” (controverse sur les bienfaits et méfaits du libre échange/de la mondialisation).Le plus grand danger aujourd’hui serait donc peut être la tentation d’un protectionnisme économique aveugle.

 

PS : Tu ne connais pas toutes ces théories ? N’hésite pas à souscrire à la masterclass pour toutes les découvrir !

Au fait, j’ai déjà corrigé les 2 épreuves d’Ecricome ! Si tu les as ratés c’est par ici !