Afin de vous aider à juger vos performances ou à travailler ces sujets si vous ne les avez pas traités, je vous ai préparé une correction détaillée des deux sujets tombés à Ecricome en 2018 ! Faite en bon usage !

Sujet n°1 :L’industrialisation est-elle la clé du développement économique ?

 

Analyse du sujet :

Ce sujet, sans doute le plus choisi, est aussi le sujet le plus piège. Classique dans les thèmes traités : industrialisation et développement, il l’est un peu moins dans son libellé qui invite à définir avec précision l’importance de l’industrialisation dans le processus de développement économique. Le grand écueil à éviter reste celui de la confusion entre le développement économique et la croissance. Le développement ne se limite pas à une hausse de la production. En outre, il permet de remettre en perspective les différents développements et ainsi comparer le chemin parcouru depuis l’Angleterre, les erreurs éventuellement répétées, et les succès ignorés. La voie à des modèles alternatifs de développement est donc largement ouverte.

Penser l’industrialisation comme moment inséparable du développement économique, c’est d’une part, reproduire un modèle canonique de développement consacré par Rostow : le modèle Anglais, mais c’est aussi penser indépassable le moment industriel. Que l’on adopte une vision proche de celles des théoriciens des étapes de la croissance, voyant tout sous-développement comme retard de développement, ou bien que, Marxistes, l’on pense ces sous-développements comme le jeu de puissances entre un centre et sa périphérie, on ne peut s’empêcher de placer l’industrialisation au centre du processus de développement économique. L’ensemble des stratégies d’industrialisation à l’œuvre depuis l’Ere Meiji n’ont eu cesse de rappeler l’importance de l’industrialisation. Pourtant, le développement économique, au sens strict, n’est pas la croissance. Perroux déjà, militant pour une nouvelle philosophie du développement, voyait dans le développement économique une notion rattachée à un changement de mentalités, c’est-à-dire de pratique et donc ultimement, de structures. Sen, quant à lui, à rajouter au développement un double caractère : à la fois un processus comme sorti de la pauvreté, mais aussi une fin : il doit être durable. Dès lors, l’industrialisation, en tant que production de biens d’équipements au sein d’un nouveau lieu où le capital a pris une part prépondérante : l’usine, semble moins coïncider avec cette notion de développement. Si croissance et industrialisation semblent être consubstantielles, l’industrialisation a un rapport plus ambigu au développement économique.

Le sujet invite donc :

  • A recentrer précisément le rôle de l’industrialisation dans la croissance
  • A réfléchir sur les conditions de possibilité d’une industrialisation : n’est-elle pas le fruit d’un processus de long terme de changement de mentalité, comme en témoignent les tentatives embryonnaires d’industrialisation : protoindustrialisation, et en cela l’industrialisation serait déjà le signe d’un développement au sens de Perroux ?
  • A définir précisément le point de bascule du développement économique : quand se développe-t-on ? Ce moment est-il le fruit de l’industrialisation ? Qu’’est-ce précisément que le développement économique ?

 

Ce que le sujet n’est pas :

  • Une compilation des théories sur le développement
  • Une compilation des avantages de l’industrialisation
  • Pire, un plaidoyer à la nécessité de l’industrialisation dans les pays développés souffrant de désindustrialisation : USA/France…

Il fallait donc bien éviter ces pièges (encore une fois tentants) mais qui ne répondent pas à la question. L’enjeu était sans doute dans la définition précise du développement économique : simple étape dans un « trajet de croissance » ? Ou bien réel changement des mentalités, des structures ?

Nous proposons un plan, qui traite, je l’espère, de l’ensemble du sujet, mais sûrement préparationnaires aguerris, avez-vous des plans alternatifs valables. Ne paniquez pas, la fin des concours est encore loin.

I. L’industrialisation, une aventure obligée

A. L’industrialisation est une étape obligatoire du développement économique tant dans le sens de décollage…

a. Historiquement, Rostow a décrit le développement économique de l’Angleterre : take-off, l’industrialisation en a été un point névralgique pour plusieurs raisons

  1. Secteur d’hausse de la productivité
  2. Secteur de haute technologie
  3. Effets d’entrainements
  4. Fin de l’agriculture et possibilité conjointe de l’urbanisation, les modèles de protoindustrialisation ont déjà montré que si les activités agricoles étaient dans les champs, les activités industrielles appartenaient à la ville.

b. Les stratégies dites de rattrapage mettent l’accent sur l’industrialisation

  1. Je les explique dans ma master-class, mais il y en a ici pléthore, à vous de choisir celle qui vous convient le mieux ! Une seule, pas plus
  2. Cette industrialisation est nécessaire pour décoller économiquement, puisqu’intensément capitalistique, elle permet une augmentation du taux d’épargne, une alphabétisation dû à des tâches plus complexes etc… Développement dans tous les sens du terme donc !

B. …Que dans un sens qualitatif

  1. Reprendre la définition de Sen présente dans tous les cours, et l’expliquer vis-à-vis de l’industrialisation
    1. Endogénéité des gains de productivité
    2. Durable
    3. Augmentation des B&S

Transition : Toutefois, des modèles alternatifs au développement canonique Anglais voyant le jour ont d’une part permis de mettre en avant la pluralité des trajectoires possibles de croissance, laissant planer un doute quant à la corrélation évidente entre industrialisation et développement, d’autre part, la prise en considération toujours plus poussée d’une nouvelle philosophie du développement semble plus mettre en avant la compatibilité entre développement économique et tertiairisation qu’industrialisation.

II. L’industrialisation à tout prix au mépris des spécificités nationales, historiques, agricoles

A. Les trajectoires différentes

  1. Aborder ici Gerschenkron qui met en avant l’idée d’une histoire du développement « cumulable », certains pouvant donc commencer par la fin
  2. La France étant ainsi l’exemple d’une nation développée n’ayant jamais connu de processus d’industrialisation majoritaire à la différence du Royaume-Uni
  3. L’agriculture souvent délaissée, ce qui révèle l’obstination de certains PED à vouloir s’industrialiser à tout prix pour décoller sans garantir les besoins agricoles fondamentaux

B. Une tertiairisation prenant le rôle de l’industrialisation

  1. Dans le développement économique, comme changement de mentalités, sortie de la pauvreté, et développement durable, la tertiairisation semble jouer un rôle prépondérant
  2. L’économie de la connaissance est plus à même de sortie des gens de la pauvreté et à préserver les ressources disponibles que l’usine
  3. Le tertiaire, avec les hautes technologies, nécessite des compétences plus spécifiques que l’industrie et des employés plus qualifiés. Le développement économique au sens de Sen, semble donc être de ce côté.

Transition : Pour penser l’ensemble des changements de mentalité, et donc de développement, peut-être faut-il mettre l’accent non sur l’industrialisation, ni même sur la tertiairisation, mais sur les mouvements de structures, à même de penser les changements de mentalités. L’école de la régulation, qui pense dans le temps long, est ici un atout.

III. Le point névralgique de tout développement est à penser dans les changements institutionnels

A. Les changements de mentalités précèdent le développement (au sens de Take-Off et au sens de Perroux)

  1. Weber est ici un atout sociologique de poids : le développement du Capitalisme est précédé d’un changement de mentalités : le protestantisme et la possibilité voire la recherche du profit
  2. Le Fordisme, début de la révolution industrielle Américaine est marqué d’abord par une combinaison de changements institutionnels
    1. Salaires élevés
    2. Nouveau mode de production

 

B. Le développement du Japon suivant l’Ere Meiji repose sur

  1. La fin du shogunat
  2. La reconversion du rôle de samouraïs en mandarins
  3. Un interventionnisme de l’état mettant l’accent sur l’éducation et l’armée

Ce qui précède le développement économique, est d’abord le changement de mentalités qui permet l’industrialisation, et non l’inverse

 

Conclusion :Si l’industrialisation est d’abord vue comme un passage obligé dans le développement économique, mais aussi dans un développement plus qualitatif, elle a ensuite été laissée de côté au profit d’un processus de tertiairisation plus à même de développer (Perroux) une nation. Toutefois, ce qui semble prévaloir à tous ces développements est d’abord une combinaison de facteurs institutionnels, et non directement l’industrialisation. Autrement dit, l’industrialisation est certes un moment non-négligeable, mais elle est déjà le résultat d’un changement de mentalités et d’un développement culturel.


 

Sujet n°2 : A la lumière de l’histoire, un pays doit-il toujours lutter contre le déficit de la balance des paiements des opérations courantes ?

 

Analyse du sujet :

Ce sujet d’écricome s’inscrit dans la tradition d’un sujet « original » par an. Nul doute qu’il n’a pas été le plus choisi, et qu’il sera certainement récompensé. Toutefois, bien « qu’original » pour un sujet d’écrit, il n’était pas non plus compliqué, pourvu que l’on aie des choses à dire. Ce que demandait ce sujet était une connaissance historique précise « à la lumière de l’histoire » d’un fait finalement étudié de façon transversale : la position de la balance courante. Si un chapitre lui est canoniquement dédié lorsqu’on aborde le SMI et les équilibres internationaux, la question de la position de la balance courante nécessite une réelle transversalité des savoirs puisqu’on en trouve des éléments dans les chapitres sur l’Europe, le Développement, le commerce international etc…

Faisons d’abord un point sur ce que le sujet n’est pas, afin d’éviter toute tentative de Hors-Sujet (tentant) :

  • Ce sujet n’est pas un sujet demandant de lister des cas de balances négatives, puis positives, de la balance courante, en expliquant les différents processus par lesquels on arrive à ces deux termes.
  • Ce sujet n’est pas un sujet recensant l’intégralité des cas de balance courante négative.

Alors, qu’est-ce que ce sujet ? Quelques pistes de réflexion :

Ce sujet demande d’analyser la structure de la balance des opérations courantes, afin de pouvoir situer les cas favorables ou défavorables à une lutte contre le déficit. Il est donc presque nécessaire d’avoir en tête les grandes opérations comptables :

  • Y+M=X+I+C+G
  • (S-I)+(T-G)=(X-M)
    • Où S-I représente le financement privé et T-G le financement public. Un déficit de X-M peut donc être causé par un déficit du privé et/ou du public.

Mais aussi sur quelques enchaînements pouvant éclairer ces opérations :

  • une hausse de la production entraîne une hausse des Importations (à cause des consommations intermédiaires et de l’augmentation du revenu) Les variations de Y et de M sont donc corrélées positivement.
  • Une augmentation de l’Investissement entraîne une augmentation des importations (X-M)=(S-I)

Avec tout ce matériel en stock, il faut maintenant bien définir ce qu’est la balance des opérations courantes.

C’est une partie de la balance des paiements qui enregistre 1/la balance des transactions courantes qui est le solde des échanges commerciaux d’un pays, 2/le solde des revenus de placement 3/ le solde des transferts courants. L’important dans cette balance reste le solde de la balance des transactions courantes. Cette balance permet de marquer la position d’un pays, vis-à-vis de l’extérieur : soit le solde est négatif et le pays consomme plus qu’il ne produit et contracte une dette, soit il est positif et le pays est excédentaire et peut rembourser sa dette.

Dès lors, le débat autour de la balance des opérations courantes permet de prendre en compte différents enjeux :

  • Le déficit de la balance courante peut être acceptable lorsqu’il s’agit
    • De se développer économiquement, puisqu’une augmentation de Y entraîne une augmentation de M
    • Que la puissance du pays est telle qu’elle n’a aucune incidence sur l’élévation du prix de la dette
  • Mais ce déficit semble compliqué dès lors que
    • Le pays est déjà développé et entretient ainsi un déficit structurel amenant plus de dette, et donc des taux d’intérêts plus élevés
    • A cela s’ajoute le déficit public, ce qui fut alors nommé les « déficits jumeaux » aux USA.
    • Comme les USA, on capte une grande partie de l’épargne internationale pour financer son déficit, au risque d’un effet d’éviction de l’épargne à l’échelle mondiale.

Mais, la question de la lutte contre le déficit pose aussi en question celle de la gestion des excédents. Tout excédent est-il bon à prendre ?

  • Tout excédent doit être utilisé pour
    • Rembourser sa dette comme c’est le cas lors du processus de développement d’un pays
    • Ou bien permettre de rembourser celle des autres, allouant les excédents d’un pays aux déficits d’un autre

Or, il existe des cas de gestion d’excédents problématiques :

  • L’Allemagne dont la gestion des excédents pèse à la baisse sur l’offre globale Européenne.
  • La France de 1989-1991 dont la bonne santé au niveau de la balance des opérations courantes est le signe d’un ralentissement de la production suite à la remontée des Taux d’intérêts et non d’une hausse des exportations.

Ainsi, ce sujet recoupe les questions plus larges du développement économique, de la gestion de la zone euro, mais aussi du SMI et de la position privilégiée des USA dans ce système. Par conséquent, le sujet est beaucoup plus large qu’il n’y paraît.

Nous proposons alors le plan suivant, permettant de rendre compte de l’intégralité de ces réflexions. D’autres plans sont, sans aucun doute, ou bien viables, ou bien meilleurs que celui-ci :

I. La balance des opérations courantes est le témoin privilégié de la santé économique d’un pays et doit faire l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics

A.La balance des transactions courantes est le reflet de la compétitivité d’un pays, une dégradation peut être le signe d’un manque de compétitivité urgent à régler

  1. (X-M)<0 peut signifier une incapacité structurelle du pays à exporter, et inversement. Ainsi, en 2016 la France accuse un déficit de 42milliards de Dollars contre un excédent de 242 milliards de dollars pour l’Allemagne. L’accent doit donc être mis sur la recherche de compétitivité afin d’éviter des déficits structurels du commerce.
  2.  Les déficits structurels occasionnent la contraction de dette à l’échelle internationale, qui, dans le contexte des 3% ne sont pas les bienvenues alors qu’au contraire, l’Allemagne est portée par un excédent budgétaire.

B. La balance des transactions courantes est aussi le reflet d’une incapacité nationale à épargner et peut poser un problème à une échelle mondiale

  1. X-M=S-I. Ainsi, il apparaît clairement que tout déficit du solde des transactions courantes peut être le signe, comptable du moins, d’une incapacité à épargner, ou bien d’un trop plein d’investissement. Il y a donc le risque d’emballement comme cela fut le cas lors de la crise Asiatique de 97/98, où le déficit de la balance des transactions courantes était le signe d’un investissement reposant à plus de 50% sur de la spéculation à court terme
  2. A l’échelle mondiale, le déficit de la balance des opérations courantes Américaine peut engendrer une sorte d’effet d’éviction. En 2006, le déficit Américain atteint plus de 800 milliards de dollars ce qui représente près de 80% de l’épargne mondiale disponible absorbée par les USA pour se financer, et crée inexorablement la hausse des taux pour les autres pays.

 

Transition : Toutefois, tout déficit n’est pas synonyme de mauvaise santé. Lutter « toujours » contre le déficit de la balance courante n’est pas chose nécessaire.

II. Le déficit de la balance courante est recherché dans tout processus de développement

A.Un développement problématique

  1. Un développement repose de l’épargne (modèle de Rostow). Or, quand l’épargne nationale est insuffisante il est nécessaire de la chercher à l’étranger, ce qui provoque un déficit de la balance courante les investissements étant supérieurs à l’épargne nationale. La question est alors de savoir combien de temps tolérer ce déficit ? Le retournement de la crise Asiatique montre la question du temps dans le développement.
  2. La mauvaise santé de la balance des paiements du Mexique à la fin des années 90 est le signe d’un début de développement et doit donc être toléré.
  3. La question au centre est « combien de temps tolérer un déficit ? » il faut en effet que ce déficit finisse, à terme du développement, par se transformer en excédent afin de rembourser les emprunts contractés

B. Une position privilégiée

  1. Le cas des USA est à part. En tant que devise clé d’un système monétaire, première puissance ,mondiale, ils peuvent se permettre de connaître, depuis 1982, des déficits jumeaux sans que ces déficits structurels n’aient d’impact autre que le désormais traditionnel « shut-down ». Signe, s’il en fallait encore, que tout déficit n’est pas bon à jeter.

Transition : mais désormais, ce qui semble être au cœur des préoccupations n’est pas tant le déficit que la gestion des excédents de deux géants : L’Allemagne et la Chine

 

III. Une gestion problématique des excédents de la balance des paiements

ALe cas Allemand

  1. Les excédents de l’Allemagne sont accusés de tous les maux en Europe :
    1. Pression à la baisse sur les salaires par le refus d’investir
    2. Dépression des économies de l’Est suite à l’arrêt des investissements post-2008
  • Demande globale Européenne peu stimulée par les excédents Allemands investis… En Allemagne
  • Montée des cours de l’Euro quand l’Euro fort n’est une bonne stratégie que pour … L’Allemagne qui dispose d’une compétitivité hors-prix
  • En somme l’Allemagne doit gérer ses excédents dans le cadre d’une union Européenne où le monétaire prend une importance délicate.

B. Le cas Chinois

  1. Plus gros excédents mondiaux, mais mauvais investissement… Au sein de leur propre pays
    1. L’enjeu de l’excédent Chinois est celui d’un investissement dans les projets innovants au sein de la Chine
    2. L’orientation de l’épargne Chinoise dans les villes
  2. Mais aussi un équilibre à respecter avec les USA
    1. Les Chinois financent grandement le déficit Américain, et un arrêt de ce financement, bien qu’improbable, en vue d’un financement de projets internes pourrait poser un énorme déséquilibre

 

Conclusion : La lutte contre le déficit de la balance des opérations courantes n’est clairement pas un objectif affiché inlassablement par les états. De nombreux cas de déficits sont considérés normaux, et font même penser à une relative bonne santé du pays. En revanche, pour les pays développés, les déficits structurels laissent à craindre une accumulation des dettes et une compétitivité désavantageuse contre lesquels l’état doit lutter. A l’exception près des USA, qui disposent de ce privilège. Désormais, plus que la lutte contre le déficit, en Europe et en Chine semble apparaître une étrange lutte contre les … excédents, dont la gestion apparaît problématique.

 

 

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