ESH ESCP corrigé annales 2017 BCE

Le sujet d’ESH à l’ESCP en 2017 était donc : “Le bon fonctionnement d’un marché justifie-t-il l’intervention de l’État ?

C’est une blague ? Mettre un sujet de cours. N’importe qui en première année pouvait faire ce sujet. La difficulté est donc là : Comment s’en sortir quand tout le monde peut traiter facilement le sujet ? La réponse est la suivante: il faut bouriner ! Balancer plein d’auteurs et de graphiques. Mettre des références originales, penser à citer des chapitres que les autres ne citent pas (par exemple “les pays en développement” pour ce sujet). J’ai expliqué tout ça dans ma formation “Plus 5 Points“.

Brève analyse du sujet d’économie ESCP 2017

On est proche du sujet d’ESH tombé à l’ESSEC en 2006 intitulé “Intéret et limite de l’intervention de l’État“. En utilisant le cours de la masterclass sur l’État (qui est en démo ici d’ailleurs), ça serait passé tranquillement.

Analysons plus précisément ce sujet.

  • le bon fonctionnement n’est pas aisé à définir, mais on peut se mettre d’accord sur la vision walrassienne (concurrence pure et parfaite, prix équilibre …). Mais on peut se demander: “bien fonctionner pour qui ?”. Si on prend la mondialisation, on aurait tendance à dire que les marchés fonctionnent bien. Bien pour les FMN et les actionnaires. Peut-être moins pour ceux que Robert REICH (The Work of nations, 1991) appelle les “travailleurs routiniers“. Peut-on aussi dire que le marché fonctionne bien quand les externalités négatives menacent la survie de notre espèce à terme ?
  • Le sujet dit bien “un marché” et pas “du marché”. Il faut donc distinguer les différents marchés: classiquement on a 1) le marché des biens et services, 2) le marché des capitaux et 3) le marché du travail. On peut aller plus loin en analysant les marchés financiers, le marché des changes (ou Forex), voir le dualisme du marché du travail (PIORE & DOERINGER). Il y avait ici un gros travail de définition à faire.
  • Justifier = nécessiter. Néanmoins on peut voir ici aussi une dimension morale / éthique.
  • Intervention de l’État : mise en oeuvre de politique conjoncturelle ou structurelle, budgétaire ou monétaire, etc. On pense donc rapidement à KEYNES et aux keynésiens (modèle IS/LM d’HICKS & HANSEN). 

Ce sujet se structure autour de l’opposition traditionnelle entre les libéraux (physiocrate, classiques, néoclassiques, nouveaux classiques) et les interventionnistes (mercantilisme, keynésiens, néokeynésiens). Les marxistes sont plus complexes puisqu’ils estiment que l’État est toujours et partout que le résultat d’un rapport de force dans les modes de production (infrastructure) qui conditionne les institutions (superstructure). Autre grand débat qui en découle : qu’est ce qu’il y a eu en premier ? Le marché avec les échanges ou l’institution politique qui organise et permet le marché. Dans le premier camp, on retrouve SMITH ou encore HAYEK. Dans le deuxième camp, on pense évidemment aux théories des institutions (NORTH, FOGEL, ACEMOGLU …) ou encore à Karl POLANYI (La Grande Transformation, 1944). Pour ce dernier, le marché a été mis en place et permis par le pouvoir politique et l’État. On a aussi le débat entre état gendarme et état providence !

Ce sujet s’enracine dans l’actualité :

  • Pour les auteurs interventionnistes et les néokéynesiens, on est en présence d’une domination libérale. Ce que STIGLITZ (La Grande Désillusion)  appelle “le fanatisme du marché“. Celui-ci serait à l’origine des inégalités (analysées entre autres par Thomas PIKETTY dans Le Capital au XXIe siècle, 2013) et de l’instabilité financière (crises en 1998, 1985, 1991, 1994, 1997, 1998, 2000, 2001, 2007 …).
  • Pour les auteurs libéraux (Pascal SALIN, Charles GAVE, …), l’État est trop présent et pesant. C’est sa présence et son intervention qui seraient à l’origine des distorsions et des déséquilibres sur les marchés. Pensons par exemple au rôle des banques centrales (même si ces dernières ne sont plus l’État au sens strict puisqu’elles sont devenues indépendantes dans la plupart des PDEM) dans les crises financières. On peut reprocher à la Fed le gonflement de la bulle des subprimes  (2001 -2006) ou encore celui de la bulle internet (1996-1999) (SUMMERS, 2013).

Proposition de corrigé ESCP 2017

I) Vision libérale : le bon fonctionnement d’un marché justifie que l’État en reste le plus loin possible. Fonctions régaliennes + défaillances du marché au maximum. L’intervention de l’État explique justement les dysfonctionnements du marché.

II) Vision interventionniste : le marché n’est pas l’ordre spontané qu’on nous a vendu (!!) et l’intervention de l’État est justifiée. Cela à des fins économiques et sociales !

III) Repenser cette opposition en ce début de XXIe siècle : inégalité, écologie, gouvernance, mondialisation