Toutes ces théories sont issues de la masterclass, ainsi que de l’ouvrage d’Arnaud « l’Essentiel de l’histoire économique » que tu peux retrouver ici !

 

Doit-on considérer que la désindustrialisation est un processus inéluctable dans un pays développé ?

Analyse du sujet :

 

À première vue ce sujet paraissait plutôt abordable ; une formulation assez classique sur un thème attendu. Cependant, il ne fallait pas se laisser avoir par le caractère simpliste en surface, car ce sujet regorgeait de pistes pas forcément évidentes, mais pourtant nécessaires pour faire la différence par rapport au candidat moyen !

Le sujet était particulièrement transversal. Il fallait chercher des faits, chiffres et auteurs dans les chapitres incontournables du sujet, l’entreprise et l’État, qui sont les 2 grands acteurs de l’industrie. Mais il fallait aussi creuser l’Europe, qui développe de plus en plus sa politique industrielle commune, comme l’illustre le Buy European Act(5). Le chapitre sur la mondialisation offrait aussi de nombreuses pistes sur les politiques commerciales et de concurrences, tout comme celui sur les PED.En effet, si l’industrie quitte les pays développés, la demande de produit industriel ne décroît pas, signe qu’il ne s’agit uniquement d’un déplacement, des pays les plus riches vers de plus modestes. Il apparaît alors évident que le chapitre sur la consommation était aussi central pour expliquer cette désindustrialisation, puisque la consommation actuelle de biens est davantage tournée vers de l’immatériel (éducation, assurance) ou internet. Les faits et théories les plus intéressants étaient regroupés dans le chapitre du livre d’Arnaud « Essentiel de l’histoire économique – Industrie et service »

Il fallait donc mettre en place un très gros travail de définition ! La vision binaire, que ce soit sur le concept de pays développés (PDEM vs PED) ou d’industrialisation (Désindustriailsation totale d’un pays ou industrialisation) n’est plus réellement d’actualité et offrait un champ de réflexion très réduit… La nuance et la précision étaient les maîtres mots du sujet.

Désindustrialisation : Il est possible de définir la désindustrialisation comme une réduction des emplois industriels non seulement d’un point de vue relatif par rapport aux services, mais surtout d’un point de vue absolu. La France ayant perdu environ 2 millions d’emplois indus depuis 1980. La désindustrialisation est bien entendu sectorielle et non globale ! En France l’industrie du textile ou des chantiers aéronautiques représentent cette désindustrialisation ou les rigidités à la baisse des salaires ainsi que l’insuffisance de la demande pousse à la délocalisation, mais d’autres secteurs, comme celui de l’automobile, se portent bien !

Mais plus intéressant encore, qu’est-ce donc une industrie aujourd’hui ? Alors qu’auparavant, l’industrie et les services étaient parfaitement distincts, l’électrisation croissante de bon nombre de produits amène une forte proportion de software et donc de service à être présents au sein de bon nombre de produits industriels. Tesla motors, Apple sont des entreprises qui produisent des biens industriels. Pourtant, c’est bien sur un travail d’amélioration constant des logiciels qui équipent leurs produits ainsi que sur un travail marketing parfaitement rodé que reposent leurs succès. L’industrie allemande semble incarner ce mélange. La réputation haut de gamme de son industrie et particulièrement de la branche automobile, est issue le fruit d’un travail de R&D et marketing qui ont permis de placer l’industrie allemande dans le haut du tableau.

Dès lors, il semble envisageable de reprendre la théorie de MOKYR, BRINJFOLSSON & MCAFEE et de l’appliquer à cette nouvelle forme d’industrie : certaines innovations au sein de cette nouvelle forme d’industrie sont immatérielles, non quantifiables et la véritable valeur ajoutée de chaque innovation devient marginalement plus faible.

 

Mais plus important encore, la définition de pays développés apparaissait comme centrale dans la définition des enjeux et de la problématique du sujet.

Un pays développé : On pourrait penser que la définition PDEM vs PED pourrait suffire, mais il n’en est rien. Il est aujourd’hui très difficile d’associer la notion de développement à l’échelle d’un pays, tant les disparités sont grandes. Au sein des pays les plus développés, des contrastes alarmants sont observables : alors que le Royaume-Uni est tiré par l’une des métropoles les plus développées du monde, Londres, l’espérance de vie a chuté d’un an pour passer à 76 ans dans la région de Hartlepool. Les régions françaises enclavées souffrent aussi de manque d’infrastructure de transports et plus généralement de bassin d’emplois. Ces disparités sont encore plus grandes dans des continents où la majeure partie des pays est encore en développement. Les plus grandes métropoles africaines comme Niamey, capitale du Niger, ou Addis-Abeda qui profite de gros investissements chinois pour le développement d’un réseau ferroviaire, affichent des niveaux de développement 30 fois supérieurs à ceux des régions alentours, qui restent particulièrement enclavées. De même, le Maroc développe des niveaux de débit internet à la hauteur des pays les plus développés malgré une majeure partie du pays qui reste tournée vers des formes d’agriculture traditionnelles et de développement très modeste.

Une problématique sous-jacente se pose donc : quels sont aujourd’hui les moyens les plus efficaces pour mesurer le développement ? Alors que traditionnellement, le PIB fait office d’indicateur, il apparaît que les outils de mesure quantitatifs ne sont plus en mesure d’apporter des réponses satisfaisantes. Pourtant, les indices alternatifs comme le Bonheur intérieur brut (BIB) ou le happy planet Index (HPI) restent marginaux.

 

Il fallait donc évoquer un maximum ses problématiques, pour mettre en lumière la complexité des processus de désindustrialisation et apporter des nuances essentielles pour traiter de façon rigoureuse le sujet. La notion de processus inéluctable ne pourra donc recevoir de oui ou non unanime.

 

 

 

I. Des révolutions industrielles à la désindustrialisation progressive et sectorielle

A. L’ère de domination industrielle a été plus tardive que l’on ne le pense et de durer plutôt courte

 Alors qu’en 1700, l’Inde et la Chine réalisaient la moitié de la production industrielle mondiale, les pays européens se sont rapidement installés comme parmi les plus grands pays industriels L’Europe en globalité produit la moitié de la production industrielle mondiale et en exporte le 1/4 . Au sein de l’Europe, l’Allemagne réalise entre 10 et 15 de la production mondiale et exporte à elle seule 6% des biens industriels.

D’un point de vue industriel, la France paraît plus proche et donc plus à même d’être comparé avec les USA qu’avec l’Allemagne :

La France est passée directement d’une domination des emplois agricoles à une domination des emplois tertiaires en proportion. La date de basculement est autour de 1950. C’est donc la fameuse répartition 1/3 dans chaque secteur. L’industrie n’aura donc jamais dominé en termes d’emploi.

Les USA n’ont jamais vu les emplois industriels dominés dans la part de l’emploi total : Les emplois de tertiaire domine déjà en 1890 et c’est en 1910 que l’emploi industriel dépasse l’emploi du secteur primaire.

En France on a pu observer une division par 6 des emplois agricoles depuis les années 1950. La désindustrialisation apparaît comme très soulignée, mais la désagriculturisation, très peu. Celle-ci semble être une fatalité voire une nécessité par la libéralisation de main d’œuvre que les gains de productivité agricole permettaient. Il paraissait donc plutôt pertinent que les gains de productivité agricoles permettaient de s’industrialiser. Mais alors pourquoi serait-ce problématique que le même processus prenne place entre l’industrie et le tertiaire ? De fait la part des emplois agricoles ne dépasse pas les 3 à 4% en France.

 

 B. La désindustrialisation affecte surtout certains secteurs industriels

 

Depuis 1980, la France a perdu 70 000 emplois industriels en moyenne / an. La part de l’industrie dans le PIB français est passée de 24 à 14%. C’est l’industrie des biens intermédiaires qui est la plus responsable des pertes d’emploi à plus de 40%. L’industrie des biens de consommation à 30%,

Il existe plusieurs explications à ces disparités face à la désindustrialisation :

  • Premièrement, bon nombre d’emplois sont désormais externalisés et ne sont donc plus comptabilisés comme des emplois industriels. Pour reprendre la théorie de Williamson, des actifs très spécifiques ont donnés lieu à une gouvernance de type personnelle tandis qu’auparavant, il donnait lieu à une gouvernance unifiée au sein d’une firme.

 

  • Les gains de productivité permettent d’augmenter l’offre et peuvent donc conduire à la destruction des emplois dès lors que la demande pour des biens considérés est constante. A cela s’ajoute une part des dépenses en biens de consommation industriels qui baisse tendanciellement. Dans le même temps, la part des dépenses en service marchand est passée de 35 à 45%. la demande se déplace naturellement vers les services puisque les habitudes de consommation ont changées. Dès lors, les innovations incrémentales dans l’industrie paraissent compromises, et c’est bien par le soutien qu’apportent les services à l’industrie que celle-ci parvient à innover. Mais alors, ces innovations deviennent de plus en plus difficiles à quantifier.(Mokyr & Brynjolfsson)

 

  • La mondialisation : Il apparaît très difficile de chiffrer les conséquences de la mondialisation en termes de perte d’emploi industriel. Il est clair que cette dernière met en tout cas en évidence de forts problèmes de compétitivité et de résistance face à la concurrence. Les pays les plus résistants sont ceux qui parviennent à développer une compétitivité hors prix pour se mettre à l’abri des coûts du travail plus faibles d’Etats émergents.

 

II. L’industrialisation des uns risque de conduire à la désindustrialisation des autres.

A. Les facteurs de localisation des activités industrielles

 

Les délocalisations restent à plus de 50% vers des PDEM, Espagne Italie Allemagne en majorité La délocalisation apparaît donc relativement marginal pour expliquer la désindustrialisation.

c’est la localisation d’activités nouvelles qui importe pour l’emploi industriel. Cette atmosphère industrielle que recherchent les FMN dépend en grande partie de 2 choses :

  • L’effet d’agrégation décrit avec KRUGMAN
  • L’impulsion ou soutien de l’Etat et ce de 2 manières : par des institutions comme le respect des droits de propriétés, celles qui garantissent la sécurité sur un territoire ; mais surtout des infrastructures tant en terme d’éducation qu’en terme de transport ou d’information qui créait des externalités positives,  les économies externes dont parlait MARSHALL.

Il ne s’agit pas de dire que les PDEM doivent accepter telle une fatalité la désindustrialisation sur ces secteurs mais peut être tout de même admettre que la spécialisation d’une nation doit évoluer et qu’il faut plutôt à une nation industrielle, réallouer ses facteurs de productions vers des secteurs industriels plus proches de la frontière technologique.

B. Relocalisation d’entreprises et régionalisation des échanges

. 50% Entreprises américaine s’approvisionne au sein du pays , 30% en Chine. Plus de 40% les entreprises européennes s’approvisionnent en Allemagne.

Plusieurs facteurs peuvent permettre d’envisager une « démondialisation » :

  • Une augmentation progressive des salaires au sein des zones industrielles chinoises
  • Des coûts de transports, d’entretien des infrastructures tels que les ports, les canaux comme celui de Panama, ou encore le développement de la containerisation
  • Un regain de protectionnisme lié à la désindustrialisation : D. Trump incarne ce mouvement avec sa récente augmentation des droits de douane concernant l’importation de métaux.
  • Une préférence pour la régionalisation dans le contexte de développement économique, budgétaire et politique de l’Europe.

 

III. Pour faire face au risque de désindustrialisation, l’Etat doit renouveler ses politiques industrielles en les rendant davantage incitative et tournées vers l’innovation

A. Le renouveau des politiques industrielles

 En 2015, les USA sont devenus les premiers producteurs mondiaux de Gaz, devant la Russie.La production a été multipliée par 10 entre 2009 et 2013.

Selon RIFKIN, pour soutenir l’industrie, il vaudrait mieux investir dans :

  • Le stockage de l’énergie
  • Des bâtiments dits à énergie positive
  • Réseaux électriques intelligents, voitures électriques et évidemment l’ensemble des énergies renouvelables.

Dans tous ces domaines, il faut pouvoir profiter d’un FMA (Cf graph)

D’où l’existence en France d’institution comme l’OSEO, la BPI ou encore la CDC caisses des dépôts et conciliation ?) pour aider les entreprises innovantes.

 

 B. Les incitations à l’innovation

 

  • Le CICE qui s’est substitué au CIR
  • La création d’écosystèmes industriels FROSCH et GALLOPOULOS
  • Pôle de compétitivité : clusters

Politiques d’aménagements du territoire (Cf fiche actu) : Rapport DATAR

 

La France est un des pays de l’OCDE ou les dépenses de R&D sont les plus subventionnés et où la part de la R&D publique se situe au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. Lutter contre la désindustrialisation ne peut reposer que sur l’Etat.

 

 

Tu peux retrouver ma correction du sujet d’HEC 2018 ici !